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Jaisalmer, la citadelle du désert

Posted by admin on juin 4, 2010 in Tour du monde

Bastien et ses courtisanes

Bastien et ses courtisanes

Avant d’oublier, nous souhaitions préciser que le décalage horaire entre la France et l’Inde est de 3h30. Cet élément informatif que nous vous communiquions à chaque changement de pays nous avait échappé ! L’erreur étant maintenant réparée, nous pouvons reprendre le cours de notre récit … Ah ! Et pour les amoureux des moyens de communication, nous n’avons pas souscrit à un abonnement téléphonique donc seuls les e-mails, les messages sur Facebook et les commentaires sur le blog permettent de nous joindre ! Maintenant passons au récit …

Nous avions laissé nos chers lecteurs à la gare de Jaipur. Après le retard d’1h de notre train, nous avions pris possession de nos couchettes et dormions entre deux ronflements de la voisine ou des cris de son bébé. C’est à 9h du 29 Mai que Bastien s’éveille enfin, toujours bercé par le roulis du train. Celui-ci devrait arriver dans 2h30 à Jaisalmer. Le temps de s’étirer et de descendre de la couchette pour gagner les sièges du dessous que le train entre en gare de Jodhpur … A plus de 5h de train de la destination finale ! Le militaire - comme nous l’apprendrons plus tard - qui se tient face à Bastien, l’informe que le train a pris un sérieux retard durant la nuit. Il faudra patienter 4 heures supplémentaires avant de pouvoir admirer la citadelle du désert. Désert que nos deux tourtereaux pourront observer pendant de longues heures. Pour planter le décor, imaginez : une grande étendue plane faite de sable et de rocaille où seuls quelques buissons et arbustes rabougris osent pousser. De temps en temps on y croise : quelques huttes accolées à une petite maison à toit plat ; un troupeau de chèvres conduit par son berger ; des villageois s’essayant au cricket ; des cadavres de vache (plus rarement de chien ou de chèvre) ; un petit mur de pierre délimitant on ne sait quelle parcelle ; des chameaux et des gazelles ; mais surtout des étendues sans rien … Le tout dans un nuage poussiéreux se formant au passage des wagons ! A tel point que pendant quelques minutes, la poussière parvient à s’infiltrer dans le train, nous obligeant à nous couvrir le nez et la bouche d’un vêtement. Le militaire avec qui nous partageons la “chambre” nous souhaite alors la bienvenue dans le désert : un lieu sympa pour deux ou trois jours mais un enfer pour un plus long séjour. Cet homme sera un agréable compagnon de rail, étant très loquace sur la région et l’Inde en général. A un moment nous sommes dérangés par un rabatteur (et oui même dans le train) qui essaie de refourguer son hôtel. Nous déclinons l’invitation mais entendons qu’il fait son chou gras avec la petite européenne à quelques compartiments de là. Le militaire nous explique qu’il promet la lune pour toucher sa commission (piscine, clim, prestations de luxe) mais qu’en définitive le touriste sera dans un petit hôtel crasseux et cher et que bien souvent, pris dans le piège il n’a pas d’autre choix que de rester (partir dans les rues chercher un autre hôtel ou un auto-rickshaw n’étant pas toujours facile …).

La forteresse au-dessus de la ville

La forteresse au-dessus de la ville

Le train arrive finalement en gare de Jaisalmer à 15h30, soit 4h après l’arrivée programmée … Nous n’avions rien prévu pour manger et nos ventres grondent. Mais ils attendront encore, tout contents que nous sommes d’être arrivés ici, à la citadelle du désert. Située à seulement 100 kms de la frontière pakistanaise, Jaisalmer est une petite ville d’environ 50000 habitants (sans prendre en compte les vaches, les chiens et les porcs qui vivent également dans les rues) située en plein coeur du désert du Thar, dans le Rajhastan. Longtemps une place importante pour le commerce avec l’Asie grâce aux caravanes de chameaux, la ville vit son essor stoppé par la croissance de Mumbai. Cependant l’Etat indien se rendit compte que Jaisalmer offrait une place militaire stratégique vis à vis du pays voisin. Aujourd’hui la ville héberge une énorme base militaire. Mais au-delà de ces considérations politiques, Jaisalmer abrite en son coeur un fort fait de sandstone (pierre de sable) posé en haut d’une colline. Une fortification composée de plus de 99 bastions protège la ville plus ancienne, lui conférant un esprit médiéval en plein coeur du désert ! En bas de la colline on trouve la vieille ville avec une nouvelle fortification plus modeste, et au-delà la ville “moderne”. Jaisalmer est surnommée la Golden City à cause de la couleur sable de ses pierres.

Nous sortons du train sous 50°C … A peine quelques pas faits que les conducteurs d’auto-rickshaw se déchainent pour avoir nos faveurs. On essaie d’éviter le premier avec ses gencives sanguinolentes que trois autres nous collent. Ils parlent tous en même temps. Dans le lot, un plus jeune et plus avenant nous dit de le suivre. En sortant, pour faire diversion, Bastien va directement voir un autre conducteur installé derrière son guidon, ce qui déplaît à nos harceleurs. On sent de la tension dans l’air entre tous ces chauffeurs ! Finalement on continue à suivre le jeune. Du coup tous les autres laissent tomber. Notre conducteur nous fait signe de monter mais il nous connaît pas le coco … Il croyait que c’était gagné, il s’est trompé ! Tout d’abord question d’usage : combien pour la course jusqu’à notre hôtel ? 60 ? Trop cher ! 40 ! 50 ? Non 40 ! … OK pour 40. Mais attends avant de partir, on n’a qu’un gros billet. As-tu suffisamment de monnaie sur toi ? On se demande s’il ne commençait pas à regretter de nous avoir pris. Hi hi ! Bref en route il essaie de nous caser l’hôtel pour lequel il recevra une commission, nous offre ses services pour la journée et nous dépose à notre hôtel en échange de son numéro de téléphone. Finalement ça devient une habitude de déjouer leurs combines. Côté hôtel nous sommes surpris de l’endroit où on nous dépose : c’est dans une minuscule ruelle, au pied de la forteresse et pas franchement engageant au premier coup d’oeil ; mais nous avions lu des avis positifs (qui précisaient le côté un peu déroutant à l’arrivée). Qu’à ce la ne tienne, on se présente, on nous montre quelques chambres, on négocie les prix (c’est la basse saison touristique, ne l’oublions pas) et on défait nos bagages dans celle qui nous a le plus charmé : une petite pièce de gros blocs de “pierre de sable” (du grès ? ou un genre de tuffeau foncé ?) qui lui confère un aspect médiéval ; de jolis meubles en bois ; et une bow-window version moyen-âge avec ses coussins sur un rebord de pierre et une vue magnifique sur le fort.

Un souvenir des colonies

Un souvenir des colonies

L’après-midi est placée sous le signe du repos suite à la fatigue cumulée dans le train. On commande quelques trucs à manger (Aloo Jeera : pommes de terre au cumin ; Vegetable Jalfareji : petite préparation délicieuse de légumes et de fromage). On notera au passage l’honnêteté du staff qui nous indique tout de suite qu’ils ne peuvent préparer qu’une infime partie du menu car c’est la basse saison et qu’ils ne souhaitent proposer que des plats frais. A la nuit tombante, on monte sur le toit-terrasse pour prendre quelques photos de la forteresse. On constate au passage les travaux d’extension en cours (et oui … c’est la basse saison touristique et ici aussi il y a des aménagements en ce moment) puis on prend notre dîner dans la chambre (au menu Dal Fry : une purée de lentilles jaunes). Finalement on se couche, demain on visite !

30 Mai : debout de bonne heure ! (hum … 9h30 …) On ingurgite le petit-déjeuner commandé, nous nous parons de nos habits traditionnels indiens et nous descendons dans la rue ! Ouch ! 47°C ! Qu’à cela ne tienne on a pris des réserves d’eau dans le petit sac à dos. Nous contournons le fort sous les regards amusés des indiens et surtout des indiennes qui observent la façon dont Elodie s’est parée de son Sari (en bien ? en mal ? On ne le saura jamais). Nous avons le droit aux Namasté (le “bonjour” indien), à la question : “Vous êtes habillés en indien ! Savez-vous parler hindi ?”, et plus généralement aux compliments des vendeurs assis devant leur étalage. Conclusion : c’est vraiment un excellent choix de se mettre à la mode (traditionnelle) indienne ! De plus on a l’impression de tenir à distance les arnaqueurs et autres rabatteurs. Nos pas nous mènent finalement au pied de la colline, face à la First Gate (”première” et unique porte d’entrée de la forteresse). Nous grimpons et arrivons très vite dans le dédale de ruelles pavées qui la transpercent. Sans suivre un itinéraire particulier, nous déambulons
jusqu’à l’un des bastion duquel on a une vue magnifique sur toute la région. Puis on tombe dans une ruelle commerçante où on essaie bien évidemment de nous vendre des vêtements et des tentures. Puis nous décidons de visiter le palais principal du fort : le Maharaja’s Palace. Des images vallent mieux qu’une longue explication, nous vous conseillons de voir les photos (Y en a pas, certes ! Mais ça fait une bonne raison de nous inviter à notre retour pour vous montrer ça avec commentaires de vive voix !). En tous cas les indiens sculptent la sandstone de main de maître avec de fines ciselures autour de chaque fenêtre, c’est impressionnant ! La balade terminée (et nos habits trempés de sueur), nous repassons par la ruelle commerçante où un jeune homme tente depuis un moment déjà de nous faire rentrer dans sa boutique, ce que nous acceptons. Il a principalement des tentures à vendre et nous sommes intéressés, ça tombe bien. Il déballe devant nous toute sa collection mais a du mal à répondre à nos critères très précis. Nous décidons de partir, vu que nos ventres gargouillent (et qu’il fait incroyablement chaud) et nous lui donnons notre parole de revenir le lendemain matin (il a du mal à avoir confiance mais pourtant c’est bien notre programme !).

Façade d'un haveli

Façade d'un haveli

Pour les heures les plus chaudes la journée, nous retournons nous enfermer dans l’hôtel avec pour meilleure amie la clim. Nous déjeunons et attendons le milieu d’après-midi avant de pouvoir ressortir car aujourd’hui il fait frais d’après le réceptionniste ! Il pleut à Delhi (et ailleurs autour du désert), du coup il ne fait que 46°C au lieu des températures habituelles excédant les 50°C. Chouette ! Profitons-en et partons dans la vieille ville voir le Bazaar : un dédale de rues où on trouve des boutiques qui vendent de tout ! On y repère des bols en cuivre, des statues de bronze, des bijoux, etc. On se promène dans cette ville magnifique où le moindre bâtiment est magnifiquement et littéralement sculpté dans cette fameuse pierre de sable. Pour changer d’alimentation (restrictive dans notre hôtel), nous nous arrêtons au restaurant le Saffron. Au menu une Cheese Pizza (et effectivement c’était de la pâte et du fromage fondu, rien de plus, rien de moins !) et du Kashmiri Dum Aloo (des pommes de terre fourrées aux légumes dans une sauce indienne avec des fruits secs) : un délice pour ce dernier (un peu sec concernant le premier …). La nuit approchant, nous regagnons notre hôtel pour une session lessive et un repos bien mérité.

1er Juin : nous nous levons de bonne heure pour profiter au maximum de notre journée. Le programme de notre matinée est chargé ! Une fois le p’tit déj englouti nous sortons de l’hôtel et là constat : il fait très chaud (Il ne doit plus pleuvoir dans les environs …) ! Qu’à cela ne tienne, nous nous enfonçons dans la vieille ville à la recherche d’haveli. Rappelez-vous, il s’agit de l’équivalent de nos hôtels particuliers en France et Jaisalmer en abrite de somptueux paraît-il ! Mais avant de les trouver il faut s’accrocher … Il y a tellement de rues, d’impasses, de petits passages, de bouses de vache à éviter que nous mettons un bon moment avant d’arriver enfin à destination ! A l’instar du fort, les images parleront plus qu’un long discours (et vous pouvez nous inviter pour les voir !). En gros ce qu’il faut en retenir : c’est joliment immense avec plus de 60 pièces qui ont conservé leur mobilier du 19ème siècle. A la fin de la visite nous ne coupons pas au magasin final dans lequel nous craquons pour des petits coussins tout mignons ! De nouveau à l’extérieur, nous grimpons à nouveau dans la forteresse et croisons le vendeur de la veille. Comme promis nous revenons mais avant toute chose nous souhaitons visiter les temples Jain qu’abrite le fort. Notre vendeur se transforme alors en guide et nous propose de nous accompagner (à souligner qu’il le fait par pure sympathie, réellement !). Nous découvrons ainsi l’intérieur des fameux temples aux décorations somptueuses. A un moment donné, un prêtre nous demande de faire une donation en posant un billet aux pieds d’une statue ce que nous refusons, Elodie ayant repéré un écriteau stipulant “Ne pas donner d’argent aux saints hommes. Pour les donations utilisez les boîtes à votre disposition”. Pas bêtes les moines d’ici !!! Pour un aperçu de l’intérieur, nous vous renvoyons aux photos tellement c’est indescriptible avec toutes ces statues taillées à même la roche ! Enfin la visite terminée, nous suivons notre guide vers son magasin comme promis. Il a eu toute la nuit pour faire une sélection parmi ses milliers de pièces qui correspondraient à nos critères. En effet une tenture nous intéresse. S’engage alors une des négociations les plus féroces que nous ayons menées jusqu’à présent ! Le vendeur en est interloqué : “Mais vous faites ça à chaque fois que vous achetez quelque chose ? - Bien sûr ! C’est le jeu !”. Le plus important est que nous ressortons tous contents : lui avec des roupies et nous avec notre paquet sous le bras ! Finalement nous rentrons à l’hôtel pour déjeuner et nous protéger des heures chaudes de la journée à l’ombre de la clim.

En fin d’après-midi nous discutons avec le patron de l’hôtel au sujet d’un grossiste de bijoux qu’il connaît. Un coup de fil plus tard et voici notre homme prêt à nous emmener dans sa maison en touc-touc. Arrivés dans une des centaines de ruelles de la vieille ville, nous entrons dans un maison richement décorée et descendons un petit escalier, vers son atelier. Après une présentation complète dont nous ne comprenons que la moitié (au moins qu’il est issu d’une caste élevée dans la société), il étale toutes ses pièces argentées devant Elodie : des bracelets de cheville, des boucles d’oreille de toutes les formes, des bracelets, etc. C’est parti pour 1h d’essayage ! Nous jetons également un coup d’oeil à ses statues en argent massif mais là les prix grimpent très vite … Nous ressortons finalement allégés de quelques roupies avec une paire de boucle d’oreille pour Elodie (tout ce temps pour si peu …). Notre hôte nous accompagne dans les rues de Jaisalmer pour nous rapprocher des rues connues, puis nous regagnons notre hôtel. Pour notre dernière soirée, nous dînons sur le toit-terrasse avec le fort illuminé en fond. Le lendemain nous avons quelques heures devant nous avant de prendre le train qu’on met à profit pour faire du shopping (on a dépouillé un vendeur de ses poignées de porte ! Oui vous lisez bien : ils vendent de jolies poignées et nous en avons acheté tout un stock ! Bien sûr on lui a laissé celles des portes de son magasin …). Notre prochaine destination : Jodhpur, la cité bleue ; située à 5h de train de là et que nous atteindrons peu avant 22h. Mais ceci est une autre histoire …

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